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Muret en pierre

Muret en pierre

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POWERFUL

Tome I : Le Royaume d'Harcilor

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Suite :

Au château, l'escorte était fin prête à partir. Litar descendit les escaliers majestueux en marbre beige et s'assit dans le plus grand carrosse auquel six grands chevaux blancs étaient attelés. Les quatre autres véhicules étaient pourvus de quatre chevaux noirs chacun.

Une domestique du nom de Nella se présenta et lui offrit une fleur, une violette, pour lui témoigner son affection. Surpris, il dévisagea la jeune femme, or celle-ci lui parut si laide qu'il ne sût quoi répondre. Il se saisit de la violette, n'ayant que faire du protocole comme à son habitude.

C'était la fleur préférée de sa mère. Il la fit tournoyer entre ses doigts, absorbé par ses pensées. Il y avait bien longtemps qu'il n'en avait vue. Les sorties hors de la capitale se faisaient rares, et tous les jardins du château avaient été recouverts par des logis sur ordre de son père.

« Ne faites plus jamais cela, c'est inconvenant. Mon père aurait pu vous faire pendre.

— Je le sais Chef, il n'y a qu'à vous que je l'aurais donnée, répondit-elle en baissant le regard, honteuse.

— Ne recommencez pas. »

Elle retourna à sa place, acquiesçant, puis reprit une contenance appropriée.

Litar claqua des doigts et les cochers commandèrent au cortège d'avancer. Les cinq grandes carrioles recouvertes de feuilles d'or ne passaient pas inaperçu, bien qu'elles ne risquaient aucun assaut. Il fallait être bien fou pour s'interposer devant Litar.

La caravane traversa la capitale devant les badauds qui lorgnaient sur ces gens de la cour en leur for intérieur. Ils les maudissaient bien qu'ils ne pouvaient rien faire pour les arrêter.

Ils partirent pour le nord : un Utelyn avait lu dans la terre que la plante poussait dans les régions froides.

***

À la porte sud de la ville se trouvait une petite forêt de sapins nommée Suolistaa. L'air brumeux en faisait l'endroit idéal pour s'y dérober.

Une silhouette obscure s'y mouvait. Une longue cape sombre, la tête baissée et une grande capuche assombrissant la totalité de son visage : il était difficile de savoir s'il s'agissait d'un homme ou d'une femme. La silhouette avançait à pas fermes et pressés. Ses épaisses bottes renforcées ne craignaient ni l'eau, ni la boue. Les flaques éclataient à chacun de ses pas.

Il n'en fallut pas plus pour attirer deux Gardiens, un homme et une femme, qui patrouillaient à la lisière du bois. Ils se dirigèrent à toute vitesse vers cet énergumène qui, pensaient-ils, devait vouloir défier l'ordre pour quelques secondes d'attention.

« Arrêtez-vous ! ordonna l'homme.

La silhouette s'arrêta, contrariée.

— Retournez-vous ! » somma la femme.

La silhouette se retourna mais non pour exécuter cet ordre : elle leva sa main gauche gantée face aux deux Gardiens et les éjecta à plusieurs mètres. Cette violente impulsion leur fit perdre connaissance. Ils se heurtèrent, inconscients, aux troncs d'arbres et demeurèrent au sol, immobiles.

La silhouette mystérieuse décida de se montrer plus discrète. Son but était évidemment d'entrer dans la capitale bien qu'elle ne pensait pas que les Gardiens l'eussent vue. L'un d'entre eux devait avoir une vision décuplée. Elle utilisa son pouvoir d'Invisibilité dès à présent, ainsi le paysage devint entièrement gris à nouveau.

La silhouette invisible parvint à la tente de Cyr, souleva la première tenture et profita de l'entre-deux pour se rendre à nouveau visible. Elle souleva la deuxième étoffe et pénétra dans la grande pièce.

Kaaz, qui se trouvait adossé juste à côté, la remarqua et eut un sentiment d'angoisse.

Cyr s'interrompit, et tous les yeux se tournèrent vers l'intrus.

De son large capuchon ne sortaient que quelques mèches de cheveux châtains clairs aux reflets presque dorés. Elle l'abaissa, laissant apparaître son visage. Il s'agissait d'une jeune femme bien étrange.

« Veuillez continuer, je vous prie » fit-elle à Cyr.

Le maître fut pris de court. Qui était cette jeune femme qu'il n'avait jamais vue auparavant ? Pourtant celle-ci n'avait aucunement l'air menaçante : si Relan avait découvert le secret de la tente, il aurait plutôt fait intervenir son fils. Il continua la leçon comme demandé.

« C'est qui la dame ? chuchota Loya, en se retournant vers Ty.

— Je n'en ai aucune idée » répondit-il, intrigué.

Ty était un jeune homme de quinze ans. Il était sec comme un bâton, et avec ses cheveux blonds en bataille il ressemblait à un mauvais épouvantail. Les cours le passionnaient et il admirait Cyr. Il tentait de déceler ses pouvoirs depuis tout petit, rêvant d'en posséder. Toutefois, il n'en avait encore jamais trouvé.

Parfois, il se disait qu'il devait peut-être y renoncer, qu'il n'avait probablement rien hérité de ses ancêtres. Et de temps à autre, il retentait le coup : après tout, s'il s'y prenait mal, ou bien si le pouvoir était ardu à découvrir, il était bien normal que cela prenne un certain moment.

La pluie s'apaisa peu à peu, le bruit assourdissant céda sa place aux clapotis harmonieux. Cyr fit une pause presque au même instant, en fouillant dans ses effets personnels, puis reprit son discours :

« Notre calendrier est conçu de telle manière que l'on utilise le nom du roi pour situer une époque, suivi du nombre d'années de son règne. Ainsi, nous sommes en l'an 12 sous la royauté de Relan. Cela fait douze ans qu'il a pris le trône. Le roi précédent se dénommait Geldir, dont le règne s'est achevé au bout de quarante huit années, et la reine le précédant, sa tante, se nommait Akelom. »

Cyr ne semblait plus troublé par la présence de la jeune femme, les enfants n'y prêtaient plus attention non plus.

Kaaz, quant à lui, observait avec méfiance cette inconnue. Elle lui paraissait trop équivoque. Son visage lui semblait totalement étranger, pourtant il en connaissait des gens de vue à Hierum. Et un tel visage, il s'en serait souvenu. Si elle cherchait à s'en prendre aux enfants, ou à Cyr, il serait le premier à s'interposer.

Il se concentrait pour déceler une éventuelle énergie magique, mais il lui était impossible de ressentir quoique ce soit. Et il en était sûr, elle ne pouvait pas être Iesilaren, elle exhalait quelque chose d'inexplicable. S'il ne l'avait pas sentie arriver, cela signifiait qu'elle possédait au moins la Dissimulation, tout comme lui, et qu'elle pouvait alors cacher davantage de pouvoirs. Il l'observait du coin de l’œil et se préparait à intervenir au moindre geste.

« Bon, jeunes gens, la leçon est terminée pour aujourd'hui. Comme à chaque fois, sortez au fur et à mesure pour ne pas vous faire repérer. »

Kaaz s'approcha de la jeune femme et lui lança un regard glacial, elle lui rendit le même.

« Que voulez-vous ? grommela-t-il.

— Je vais m'entretenir avec Cyr, cela ne vous regarde en rien » répondit-elle en se dirigeant vers le maître.

Kaaz s'éclipsa pour assurer son rôle de guetteur tout en jetant des coups d'œil en direction de l'inconnue. Le champ était libre, il fit sortir une mère et son fils bien que la pluie n'avait toujours pas cessé.

La jeune femme mystérieuse s'avança avec assurance vers Cyr :

« Maître, puis-je vous parler à part ?

Elle ne lui parut pas hostile, mais plutôt affable. Il ressentit un certain soulagement.

— Bien sûr, suivez-moi. »

Ils passèrent dans la pièce du fond. C'était le lieu de travail de Cyr, tous ses écrits, ses remèdes et son matériel de magie s'y trouvaient.

« À qui ai-je l'honneur ?

— Mon nom est Selna Harel, j'ai entendu parler de vous dans de petits villages de l'est.

Cyr n'en crut pas ses yeux ni ses oreilles. Il scruta le visage de la jeune femme, et il lui semblait bien reconnaître celui de l'ancienne Cheffe des Gardiens.

— Mais comment cela serait-il possible ? L'époux et la fille de Kolin ont été retrouvés morts.

— Il s'agissait d'un père et sa fille déjà à terre. Pour nous couvrir j'ai utilisé mon pouvoir de Transformation sur eux. Je viens à vous car nous avons le même but, reconquérir le royaume, affirma-t-elle.

— Avez-vous hérité de tous ses pouvoirs ?

— Et bien plus encore, lui dit-elle en souriant.

— Pardonnez-moi, voulez-vous une tisane de sauge ? J'ai besoin de reprendre mes esprits, plaisanta-t-il.

— Avec plaisir » répondit-elle en s'asseyant à table.

En attendant leur tour, les enfants jouaient ensemble silencieusement. Kaaz fit signe à un père et son fils de sortir, ceux-ci jetèrent un coup d’œil inquiet. Le chemin étant libre, ils s'élancèrent hors de la tente.

Ty s'approcha d'une jeune fille du même âge que lui, Chellis. Cela ne faisait que la deuxième fois qu'elle assistait à la leçon.

« As-tu apprécié l'enseignement du jour ? lui demanda-t-il timidement.

— Oui, j'ignorais quelle était l'étendue de nos terres. Le royaume est si vaste alors que je n'ai jamais quitté la capitale, dit-elle avec amertume.

— Moi non plus, et il est si difficile de sortir de Hierum de nos jours. »

Pour tout dire, le jeune homme n'était pas insensible au charme de Chellis : son abondante chevelure blonde vénitienne ondulée et ses grands yeux vert clair y étaient pour quelque chose. Elle avait des formes généreuses, de jolies pommettes rebondies constellées de taches de rousseur et des lèvres charnues.

Le cœur de Ty s'emballa.

« Alors, as-tu décelé un pouvoir dernièrement ? lui demanda-t-elle.

— Non, toujours rien, répondit-il, déçu.

— Si tu le veux nous pourrions nous entraîner ensemble. Peut-être pourrions-nous échanger des conseils ?

Il se sentit comme sur un petit nuage, et sauta sur l'occasion.

— Tout à fait ! Nous devrions nous entraider.

— Moi aussi ! Pourrais-je m'entraîner avec vous ? demanda Loya, la petite fille à la chevelure flamboyante.

Ty fut quelque peu contrarié.

— Oui, nous devrions nous retrouver devant le potager sud ! » s'enthousiasma Chellis.

Kaaz entra à nouveau dans la tente et fit sortir deux jeunes gens. Il jeta un coup d’œil circulaire et ne vit ni Cyr, ni la jeune femme. Suspicieux, il décida d'aller voir dans la pièce de travail.

En soulevant le rideau, il les découvrit assis à table en train de boire leur tisane. Il referma soigneusement l'ouverture pour ne pas alerter les visiteurs.

« Qui êtes-vous ? lança-t-il à Selna.

— C'est la fille de Kolin Harel, répondit calmement Cyr.

— C'est impossible, elle a été retrouvée morte.

— Kaaz, elle dit vrai, je connaissais Kolin. Elle lui ressemble, elle a les mêmes pouvoirs qu'elle. Son père et elle ont réussi à s'enfuir et à se mettre à l'abri tout ce temps.

— Si vous êtes si puissante, pourquoi ne vous a-t-on pas vu plus tôt ?

— Je m'entraînais, je devais être prête. Ce n'est pas une attaque à la légère.

— Comment avez-vous entendu parler de nous ?

— Mon père et moi étions dans l'est. Dans les villages il se murmure qu'une opposition s'est constituée durant toutes ces années, que le peuple s'échange des ouvrages cachés, que des écoles secrètes se sont formées. Plus précisément, c'est un joaillier, Kirso, qui m'a parlé de vous. Un homme petit et moustachu.

— Oui je le connais, il tient des cours dans son village lui aussi, répondit Cyr.

— Oui. J'ai aussi entendu dire que Litar était parti sillonner le royaume pour deux lunaisons.

— Vous en entendez des choses, rétorqua Kaaz, soupçonneux.

— Vous n'en avez pas idée, lui renvoya-t-elle, ironiquement.

— Kaaz, elle possède la Transmission de pensée, ajouta-t-il en se tournant brièvement vers le jeune homme. Et donc vous voulez intervenir durant son départ ? demanda Cyr.

— Nous avons deux cycles lunaires pour préparer une stratégie. En son absence, nous devons anéantir toute la Garde et le roi.

— C'est trop peu, répondit laconiquement Kaaz.

— C'est notre unique chance » répliqua Selna.

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